Quelques mythes par rapport à l’apprentissage des langues

Il existe plusieurs mythes à l’égard de l’apprentissage d’une langue qui circulent un peu partout. La plupart commencent comme ceci : « On parle couramment une langue quand…». Une autre version est : « On sait qu’on est bilingue lorsque… » 

Je vais expliquer plusieurs mythes que j’entends souvent et, selon mes expériences, ce qui est la réalité. 

1. On parle couramment une langue quand on commence à rêver dans la langue. 

D’abord, il peut avoir beaucoup d’interprétations de « rêver » dans la langue : Juste quelques mots ? Quelques phrases ? Une conversation ? Tout au long du rêve ? Il est possible que vous rêviez juste une fois tous les deux mois dans la langue étrangère. 

Quand j’apprenais le français, j’ai vécu toutes ces possibilités de « rêver » en français (et je les vis encore !). Au début, je trouvais un peu de français dans mes rêves, même si j’avais encore beaucoup de difficulté d’avoir une conversation dans la langue ! 

En plus, depuis que j’ai commencé à apprendre le portugais, j’ai déjà eu des rêves dans lesquels j’essayais de m’exprimer dans cette langue. Mais je vous jure que je suis très loin d’être capable de parler couramment le portugais à ce point de mon apprentissage !  

Et parfois j’ai des rêves avec des mélanges de toutes les langues et il n’y a rien de compréhensible ! 

C’est pour ces raisons que je suis toujours sceptique quand les gens me disent qu’ils savent qu’ils sont bilingues parce qu’ils rêvent dans la langue… Ça ne me dit rien par rapport à leur niveau réel. 

2. On est bilingue quand on peut faire des mathématiques dans la langue.

J’ai beaucoup de difficulté à croire ce mythe parce que, encore selon mes expériences, la compétence dans un domaine dépend de ce qu’on a vécu. Par exemple, si on travaille dans un magasin de vêtements, on va connaitre très bien le vocabulaire des vêtements dans la langue, mais pas grand-chose par rapport au lexique d’un bateau si on n’a jamais été sur un navire et qu’on n’a jamais essayé d’apprendre le vocabulaire spécifique d’un bateau ! 

C’est la même chose par rapport aux mathématiques. Si vous faites un effort d’apprendre le vocabulaire associé à cette matière (regardez mon article que j’ai déjà écrit sur les mathématiques de base en français), vous allez probablement être capable de faire des calculs en français, même si vous avez encore de la difficulté à avoir une conversation avec quelqu’un !  

D’autre part, je connais des gens qui ont le français comme langue seconde et qui le parlent très bien, mais qui font toujours les mathématiques mentales dans leur langue maternelle ! 

Alors, faire des mathématiques dans une langue étrangère, pour moi, ne me donne pas beaucoup d’informations sur les compétences orales, grammaticales ou de compréhension de quelqu’un. 

3. On parle bien une langue quand on arrête de traduire des phrases dans sa tête.

Selon mes expériences, la traduction de la langue maternelle vers la langue seconde n’arrête pas du jour au lendemain. Je vois le processus comme un continuum : 

Même au début de l’apprentissage, il y a certains mots ou certaines phrases qu’on peut utiliser, sans traduction mentale : 

Comment ça va ?

Ça va bien, et toi ?

Plus tard dans l’apprentissage, on apprend des formes grammaticales ou des structures de phrases qui ne sont pas les mêmes dans notre langue maternelle. Ceci nous force à mémoriser ces formes et à ne pas faire une traduction littérale. 

On essaie aussi d’utiliser des synonymes ou de formuler ses phrases d’une autre manière pour compenser un manque de vocabulaire. Comme ça, on n’est pas toujours en train d’arrêter une conversation pour traduire un mot exact. 

Ensuite, on commence à bien s’exprimer dans la langue dans presque toutes les situations, mais il peut toujours arriver de temps en temps (même après des années vécues dans la langue seconde !) qu’un mot de la langue maternelle vienne plus vite à l’esprit et qu’on doive prendre une seconde pour trouver la traduction de ce mot.  

Si on a plus d’expériences avec la langue et les types de situations dans lesquelles on l’utilise, les mots et les phrases viennent à l’esprit plus facilement sans avoir besoin de les traduire. Mais ça ne va pas dire que ça ne va jamais arriver de traduire un mot ou même une phrase ou deux dans sa tête de temps en temps ! 

4. Ce sont seulement les enfants qui commencent à apprendre une langue qui peuvent devenir bilingues.

C’est vrai que les enfants ont souvent plus de facilité à apprendre des langues secondes, mais ils ont de bonnes raisons ! : 

Souvent, les enfants bilingues grandissent dans un environnement où la deuxième langue est utilisée dans la communauté (à l’école, à la garderie, etc.). Ils sont aussi en train de construire leur identité et des amitiés ; par conséquent, parler comme les autres devient primordial !  

Les adultes, souvent, créent inconsciemment des blocages à cause d’idées conçues sur la « bonne » façon de parler et du fait que leur identité est bien liée à leur langue maternelle. 

Il y a aussi la simple raison que les gens qui ont commencé à apprendre des langues pendant leur enfance ont souvent passé plus de temps avec la langue que ceux qui ont commencé à l’âge adulte !  

Mais tout ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas maitriser une langue à l’âge adulte ! Je connais beaucoup de gens qui peuvent étudier et travailler dans une deuxième ou une troisième langue, même s’ils ont commencé à l’apprendre après l’âge de 20 ans ! 

Il arrive aussi que parfois des enfants soient forcés d’apprendre une langue très jeune à l’école et ils ont de mauvaises expériences, ce qui les pousse à vouloir oublier la langue le plus vite que possible ! 

5. Si je ne comprends pas un mot, je ne parle pas bien la langue.

Connaissez-vous tous les mots du dictionnaire dans votre langue maternelle ? Moi non plus. Donc, pourquoi vouloir comprendre chaque mot dans la langue seconde ? 

Beaucoup de gens passent beaucoup de temps à rechercher des mots dans un dictionnaire pendant le visionnement d’un film ou la lecture d’un livre ; ou pire, ils décident de ne pas lire ou d’écouter des œuvres dans la langue seconde ! 

Vous n’avez pas besoin de comprendre tous les mots pour apprécier la culture de la langue. Ça peut devenir très décourageant en plus si vous passez la moitié de votre journée à chercher des mots ! Donc, relaxez et profitez des ressources qui vous sont disponibles. Vous allez commencer à reconnaitre les mots qui sont vraiment importants pour la compréhension et les autres (il y en a beaucoup !) qui ne le sont pas.

À voir :

6. J’ai besoin d’être corrigé tout le temps !

Les apprenants pensent souvent que leurs enseignants doivent corriger chaque petite faute qu’ils font. Reconnaitre ses erreurs est une bonne chose, mais il ne faut pas exagérer. Si on s’attend à être corrigé à tous les trois mots, on va parler avec tant d’hésitation qu’on ne va plus être compris ! Il y a aussi le risque de se décourager parce qu’on commence à penser qu’on parle vraiment mal la langue. 

Pour la communication, la chose la plus importante est de transmettre son message. Même avec quelques fautes grammaticales, vous allez probablement être compris quand même et la grande partie de la correction va se faire naturellement quand vous continuez à lire, à écouter et à utiliser la langue seconde. 

7. Je dois absolument être enseigné par des gens qui ont la langue comme langue maternelle et parler seulement à ceux-ci.

Il arrive parfois que les apprenants aient peur de commencer à faire les mêmes fautes que d’autres apprenants, donc ils insistent sur le fait d’être seulement avec des gens qui sont des locuteurs natifs. Cependant, dépendant du contexte, ceci pourrait être difficile à réaliser.  

Il faut comprendre que les gens qui ont appris la langue eux-mêmes peuvent aider beaucoup ! Ils sont souvent plus habiles à expliquer la langue et les fautes courantes. 

Et disons que c’est toujours mieux de parler à quelqu’un dans la langue seconde que de ne parler à personne ! 

8. L’anglais est plus facile que… (le français, le portugais, l’allemand, l’espagnol, etc.)

J’entends souvent cette phrase, ce qui me surprend beaucoup. Je ne comprends pas comment les gens peuvent trouver l’anglais facile quand il y a tant de choses bizarres qui se passent dans cette langue-là, surtout avec l’orthographe et la prononciation !  

Quand je questionne les apprenants davantage, je comprends pourquoi ils pensent que l’anglais est plus facile : ils l’étudient depuis longtemps !  

Chaque langue a leurs propres difficultés et je trouve ça un peu ridicule de dire qu’une langue est beaucoup plus facile qu’une autre.  

C’est sûr que si vous étudiez l’anglais depuis des années et que vous l’avez utilisé/vu/écouté de temps en temps, vous allez y être plus habitué. Par conséquent, vous allez trouver l’anglais plus facile qu’une langue que vous étudiez depuis quelques mois ! Mais ça ne va pas dire qu’une autre personne avec d’autres expériences va penser la même chose… 

Et voilà, quelques mythes de l’apprentissage des langues selon mes expériences. En connaissez-vous d’autres ? Laissez un commentaire !

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